//L’Auvergne Agricole – L’innovation technologique investit l’agriculture sous toutes les formes

L’Auvergne Agricole – L’innovation technologique investit l’agriculture sous toutes les formes

Mélodie Comte

Les nouvelles technologiques ne sont pas seulement numériques, elles redessinent aussi des outils emblématiques comme le tracteur.

© M. C.

¦Les nouvelles technologies envahissent l’agriculture depuis plusieurs années maintenant. Elles se déclinent sous toutes les formes et investissent tous les domaines agricoles, de la météorologie en passant par la graine semée au champ. Malgré leur diversité, elles ont un point commun : optimiser la production agricole. Appliquer la juste dose d’intrant au bon moment, réduire l’utilisation des produits phytosanitaires, prévoir l’irruption de maladies dans une parcelle, réduire la consommation d’énergie fossile ou encore la pénibilité du travail…Le champs des possibles est vaste. Petit tour d’horizon des nouvelles technologies croisées dans la région.

Un « courtier » dématérialisé

Contrairement aux idées reçues, toutes les nouvelles technologies ne sont pas originaires des Etats-Unis. Bon nombre sont franco-fran-çaises et certaines sont même développées à Clermont-Ferrand. « PILOTER SA FERME », basé dans la capitale puydômoise, a ainsi mis au point un logiciel qui accompagne les agriculteurs dans la vente de leurs céréales. À partir des informa-tions relatives à l’exploitation (SAU, assolement, rotations…) et des données économiques mondiales, l’outil numérique est en mesure de renseigner l’exploitant sur les meil-leurs moments pour vendre sa pro-duction et vice-versa. Il est aussi capable de prédire des risques comme une chute des prix. En somme, l’outil est un véritable « courtier » dématérialisé. Désormais, les trois associés de la startup se concentrent sur le développement d’un second logiciel construit sur le même principe mais à destination des éleveurs pour les aider dans leurs achats d’aliments.

La météo de très haute précision

Une autre start-up clermontoise se distingue pour ses innovations en faveur de l’agriculture. Weather Measures produit une information sur la pluviométrie, l’ensoleillement, la vitesse du vent, jusqu’à l’évapotranspiration d’une culture, à l’échelle d’une parcelle de 4 ha avec une fiabilité de 95%. Ces données permettent aux clients de la start-up – Limagrain, Axéréal, l’INRA, des éditeurs d’Outils d’Aide à la Décision (OAD), des Cuma, des Chambres d’agriculture (Loiret, Drôme…) et plus récemment Cristal Uniond’affiner leurs conseils techniques auprès des exploitants ou de développer de futurs OAD. Emmanuel Buisson, directeur technique à Weather Measures explique : « en ajoutant des données agronomiques à de telles informations, vous pouvez établir, par exemple, des cartes de prédiction de stade sur une culture ou les risques sanitaires dans une parcelle précise ou un lot de parcelles. Ou encore, avec le calcul de l’évapotranspiration, une coopérative peut donner des conseils de pilotage de l’irrigation. D’autres encore les utilisent pour la logistique des moissons ».

Un tracteur électrique futuriste

Autre innovation encore anecdotique mais qui pourrait révolutionner l’agriculture : le tracteur électrique. La trouvaille est également clermontoise et c’est même un jeune agriculteur qui en est à l’origine. Alexandre Prévault-Osmani est parvenu à défier la technologie et à soulever plusieurs barrières jusqu’ici insurmontables pour bien des constructeurs. Il doit sa réussite à sa capacité à revoir entièrement l’architecture de son engin. Son tracteur est ainsi unique par sa forme entièrement « épurée » , dépourvue de cabine et même de volant. « Il a été considérablement allégé puisque le tracteur Alpo Basic pèse environ 550 kg et 800 kg pour la version 4×4. L’absence de cabine se justifie tout bêtement parce qu’en maraîchage ou viticul-ture, on réalise très rarement des tra-vaux sous la pluie. Le volant a été remplacé par une manette de pilotage (style joystick) pour une conduite plus intuitive et confortable. » Silencieux, le tracteur d’Alexandre ne dégage aucun gaz et du fait de son faible poids, respecte le sol. D’une puissance de 25 chevaux électriques (équivalent à 40 chx thermiques) et équipé d’un relevage avant (250 kg) et arrière (450kg), il peut travailler durant 8 heures après seulement 1h30 de recharge. Devant la réussite de son prototype, Alexandre a développé avec l’aide de son épouse Laure, sa société Sabi Agri et déposé plusieurs brevets. Ce tracteur électrique est à ce jour uniquement commercialisé auprès des maraîchers et viticulteurs. Son modèle n’est pas encore adapté à la culture céréalière mais pourrait le devenir grâce à la robotisation.

Un attelage 100% automatique

L’IRSTEA (Institut National de Recherche en Sciences et Technologies pour l’Environnement et l’Agriculture) a développé un attelage trois points entièrement automatisé pour réduire les accidents. « AttellAgri® » repose sur l’emploi de trois vérins électroniques et d’une caméra. Combiné, les deux permettent le déploiement et le positionnement des trois bras de relevage. Le troisième point est le premier à s’étirer pour aller chercher l’outil. Après l’avoir « attrapé » puis rapproché du tracteur, des pièces métalliques permettent l’extension des deux autres bras. Une fois en position adéquate, ces mêmes éléments métalliques fixent l’ensemble. L’outil est attelé sans que l’agriculteur n’ait à intervenir. Cet équipement d’un nouveau genre est adaptable à tous les tracteurs et peut atteler tous les outils anciens et récents. L’IRSTEA recherche de-puis plus d’un an, un ou des constructeurs pour configurer l’appareil sur leurs propres matériels.

Thermoseed©, le zéro phyto venu du nord

C’est une nouvelle technologie qui n’a pas été conçue à Clermont-Ferrand mais en Suède. Cependant, Arvalis teste cette innovation sur sa plateforme expérimentale à Sardon (63). Le Thermoseed© désinfecte les semences céréalières par un procédé de type pasteurisation en remplacement des traitements de semences chimiques. Ce procédé est extrêmement lent (15 tonnes/heure) mais surtout extrêmement pointu. En effet, chaque lot de semence est analysé avant le traitement afin d’identifier les champignons et bactéries indésirables, sans nuire à celles qui sont essentielles à la vie du grain. En Suède, plus de 100 000 ha de cultures sont traités chaque année par cette méthode.

En France, à Sardon, les premiers résultats d’Arvalis sont mitigés. Les ingénieurs notent un « gain de peuplement mais une réduction de la performance » et « un rendement identique » . Le traitement est « efficace à 99% » sur les semences de blé contaminées par les spores de carie et sur les sclérotes ergot en conditions contrôlées. Quant à la fusariose, les résultats sont « intermédiaires ». Néanmoins, les ingénieurs d’Arvalis précisent : « comme les traitements chimiques, il n’y a pas de rémanence sur les champignons contenus dans le sol » . Le procédé, comme bien des innovations technologiques et scientifiques, est appelé à évoluer dans les années à venir et sans doute à se perfectionner.


Par |2019-07-09T01:19:03+00:005 Juil 2019|Presse|

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