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Wikiagri – Digital : chaque ferme peut devenir pilote

Digital: chaque ferme peut devenir pilote

La puissance du digital s’est immiscée dans le quotidien des agriculteurs. Elle donne à chaque exploitation les moyens de repenser son propre système d’information selon Jean-Marie Raimbault, directeur de service à CerFrance Maine-et-Loire.

Le digital offre une capacité de calcul inimaginable il y a encore vingt ans. Dans le secteur agricole, on est passé en trente ans du stade « ordinateur armoire » au portable puis aux tablettes chez soi et enfin au smartphone qui tient dans le creux de la main. En fait, le digital est devenu une réponse technologique pour conduire au quotidien une exploitation agricole. Des milliers d’informations impossibles à mémoriser et à gérer dans des fiches sont stockées. C’est pourquoi le digital rend compte fidèlement de l’expérience acquise au fil des campagnes de cultures et des cycles d’élevages. Dans les exploitations déjà très technologiques, le robot n’est qu’un outil parmi d’autres. Son achat se raisonne dorénavant comme n’importe quel autre investissement. À ce niveau, on peut distinguer l’utilisation du digital dans l’exploitation en système fermé (intra) du digital au service du collaboratif en système ouvert.

Au service de l’entrepreneur

Grâce à la force de calcul offerte par le digital, les outils numériques disponibles dans les exploitations donnent à chaque agriculteur les moyens de bâtir son propre système d’information. Il prendra en compte l’ensemble des itinéraires et des pratiques culturales. L’agriculteur n’aura plus alors de papiers à manipuler. Le digital intégré dans ces systèmes d’information facilitera le suivi des cultures. Il enregistrera les informations nécessaires pour calculer des coûts analytiques ou pour gérer des stocks au fur et à mesure de l’emploi des intrants par exemple. À partir des informations enregistrées, l’exploitant aura les moyens de comparer le développement de ses cultures et les interventions effectuées sur chaque parcelle par rapport à l’itinéraire pris en référence, référence, ce dernier étant en retour ajusté pour les campagnes à venir. Certains agriculteurs se reposeront sur des logiciels prêts à l’emploi pour digitaliser le fonctionnement de leur exploitation. D’autres pourront se les fabriquer grâce aux gratuiciels. Les potentialités sont énormes. Dans des serres horticoles, par exemple, des bornes réparties sur l’ensemble du site permettent aux salariés de se voir indiquer les taches de travail du moment (serre n°X, lot n° Y, tâche n°Z, durée recommandée) et d’y renseigner le temps réellement passé à les réaliser mais aussi les maladies observées. Avec l’appui des satellites et de la géolocalisation, l’agriculteur a les moyens de se convertir à l’agriculture de précision en déterminant les itinéraires les plus adaptés.

Au service du collaboratif

Les appareils connectés donnent la possibilité aux agriculteurs de devenir contributeurs d’informations et d’échanger avec des pairs. Les informations collectées, agrégées et traitées peuvent ainsi être partagées. En fait, le digital reformate le circuit de création et de diffusion des connaissances. Il modifie les repères du développement agricole fondé sur l’expérimentation en espaces pilotes et sur la vulgarisation traditionnelle. Aussi, la digitalisation des exploitations fabriquera des savoirs techniques issus du terrain, optimisera des connaissances et multipliera les échanges et les comparaisons. Chaque exploitation sera en quelque sorte une exploitation pilote. Si chaque agriculteur est en mesure de tirer des conclusions sur la conduite de son exploitation à partir des données qu’il a enregistrées, il peut donc également devenir un contributeur pour les observations terrains à l’échelle d’une commune, d’un territoire ou encore d’un bassin-versant. Et il attendra en retour des enseignements lui permettant de situer ses pratiques et, pourquoi pas, de mesurer ses marges de progrès ou d’évolution. Du fait de cette contribution au collaboratif et de cette participation au communautaire, il est important que le chef d’exploitation s’interroge également sur l’utilisation qui pourrait être faite de ses données. Collectées, elles constituent aujourd’hui un véritable minerai. Le défi à relever résidera alors dans la capacité à maîtriser le fameux big data agricole et à répondre à la question de souveraineté qu’il soulève: de l’agriculteur ou de la Nation, qui maîtrisera ces données ?

Pilotersaferme lance une nouvelle version de son application

Après plusieurs mois de recherche et développement impliquant ses clients, l’application pilotersaferme.com a fait peau neuve pour proposer de nouvelles fonctionnalités. Le « bon sens paysan » et la puissance mathématique des algorithmes sont les deux piliers de l’application pilotersaferme.com. Cette nouvelle version permet d’avoir, en plus d’une aide à la décision personnalisée en matière de commercialisation, une vision en temps réel et dynamique du résultat de l’exploitation. Dans un monde aléatoire et volatil, chaque vente, chaque achat enregistrés actualisent le tableau de bord ainsi que le résultat potentiel de l’exploitation. La plateforme permet ainsi d’obtenir une autre vision de l’évolution du résultat prévisionnel de l’exploitation en intégrant les prix de vente en temps réel, une manière innovante de comprendre l’impact de la volatilité des prix sur la constitution du revenu. Les agriculteurs ont alors à leur disposition une aide à la décision personnalisée intégrant des informations économiques pour prendre des décisions qui ont du sens et pour en apprécier leurs impacts. L’application pilotersaferme.com est en fait un programme informatique d’intelligence artificielle conçu pour répondre aux questions ayant trait à la gestion des exploitations. Le site est l’aboutissement de dix ans de travail pour créer les algorithmes et effectuer des tests, avec l’aide, notamment, de près de 150 agriculteurs. Roland Zimmerman, le fondateur, s’est appuyé sur ses vingt années passées à accompagner les agriculteurs dans un centre de gestion pour concevoir l’application pilotersaferme.com. Le projet soutenu par BPI France et la Région Auvergne-Rhône-Alpes a été lauréat de Plug & Start à la technopôle de l’Aube. Les fondateurs font connaître leur plateforme dans les chambres d’agriculture, les centres de gestion et, bien sûr, auprès des agriculteurs.

Frédéric Hénin


Par |2019-01-16T23:12:41+00:001 Déc 2018|Presse|

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