//Le Réveil Lozère – Quels liens demain entre robots et humains dans l’agriculture ?

Le Réveil Lozère – Quels liens demain entre robots et humains dans l’agriculture ?

RO Le monde agricole est déjà aujourd’hui l’un des premiers employeurs de robots », notamment avec les robots de traite et ce n’est pas le foisonnement de projets dans ce domaine qui va inverser la tendance, a souligné Yves Bigay, de l’Irstea. Ainsi, s’interroger sur le rapport humain-robot ne nécessite pas forcément de regarder très loin dans le futur. L’association Robagri fondée en octobre 2017 et dont il est membre, compte d’ailleurs déjà plus de 61 membres dont 25 laboratoires de recherches et des pôles de compétitivité. « Ce sont des centaines de chercheurs formés à la robotique en agriculture qui vont sortir dans les années à venir », prévient-il. « Remettre l’homme à sa juste place dans la production de valeur » Mais quel rôle pour ces robots ? « C’est un moyen de remettre l’homme à sa juste place dans la production de valeur dans son exploitation », juge Clément Baron, directeur technique de Agreenculture, qui ont conçu notamment Séol, un robot polyvalent de désherbage de la vigne entièrement automatique. L’entreprise travaille également à des robots autonomes pouvant réaliser les semis de maïs. « Les robots sont l’avenir de la grande culture. Ils peuvent permettre de redonner du temps aux agriculteurs pour faire des choses parfois plus intéressantes », détaille-t-il. Un point de vue qu’abonde d’ailleurs Cyril Champenois, céréalier dans les Ardennes et président de l’association France Agri Twittos : « Les robots, je les vois d’abord comme un miracle. C’est un outil qui m’évitera de tourner en rond dans un champ avec mon tracteur. Est-ce que le but d’être agriculteur c’est de faire cela 12 heures par jour ? », interroge-t-il. La robotique et l’IA peuvent également servir sur des aspects parfois beaucoup plus stressants. Il évoque notamment l’angoisse que représente pour les céréaliers la vente de leurs productions, soumises aux aléas des cours mondiaux. Des assistants personnalisés, comme PILOTER SA FERME, permettent à l’agriculteur, en rentrant ses paramètres d’exploitations, d’avoir des conseils, des alertes sur les moments où il faut vendre pour se couvrir. « Si on m’avait dit qu’un jour les robots m’éviteraient l’ascenseur émotionnel qu’est la vente de céréales », s’étonne ainsi Cyrille Champenois. « Les robots sont l’avenir de la grande culture, ils peuvent permettre de redonner du temps aux agriculteurs », explique Clément Baron, directeur technique de Agreenculture. « Idéalement c’est l’agriculteur qui devrait écrire le cahier des charges » Les robots peuvent effectivement « supprimer des taches pénibles pour libérer du temps et élargir le métier d’agriculteur » mais, paradoxe, « la plupart des agriculteurs ont plutôt peur de la robotisation », rappelle Gilles Maréchal, cofondateur d’Agreencity. La limite entre libération et déshumanisation du métier est fine et peut provoquer des craintes. « Il ne faut pas faire des robots pour les agriculteurs mais avec les agriculteurs, insiste ainsi Peter Hanappe, chercheur au Sony Computer Science Laboratory. Idéalement c’est l’agriculteur qui devrait écrire le cahier des charges ». Son laboratoire travaille notamment sur le projet Romi, un robot de désherbage, semis et repiquage, pour micro-fermes. L’objectif serait notamment de faire un robot léger que l’agriculteur peut assembler lui-même. « La plupart des projets de robotiques sont issus de projets industriels. Or l’agriculture est un environnement complexe qu’un ingénieur ne peut pas paramétrer tout seul devant son écran », rappelle-t-il. Au-delà, c’est la question « du modèle économique sous-jacent à l’agriculture » que pose l’irruption des robots, selon lui. « L’agriculteur est obligé de s’agrandir à cause de marges trop faibles, parce que le prix de la nourriture est sous-évalué. Les robots apparaissent comme une solution aussi du fait ce modèle-là », juge-t-il. Surtout, l’irruption des robots posera à terme une question peut-être encore plus importante : celle de l’image du métier dans le grand public. « Est-ce que la robotisation ne risque pas de changer son image, d’en faire un métier entièrement automatisé dans laquelle il n’y a plus de dimension humaine ? », interroge Gilles Maréchal, directeur de Farre. « Il nous faudra faire œuvre de beaucoup de pédagogie si l’on veut éviter les réactions négatives », prévient-il.

Par |2018-06-15T02:16:19+00:0024 Mai 2018|Presse|

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