//La Semaine Vétérinaire – L’élevage à l’heure de la digitalisation

La Semaine Vétérinaire – L’élevage à l’heure de la digitalisation

PRATIQUE MIXTE L’ACTU V Au travers de l’espace « Agri 4.0 » le Salon international de l’agriculture a souhaité mettre en lumière l’évolution du numérique en agriculture. Entre plateformes d’e-commerce, outils d’aide à la gestion, objets connectés et, plus largement, l’exploitation du big data dans le domaine agricole, l’élevage est bel et bien rentré dans l’ère du numérique. Au Salon international de l’agriculture, la ferme est déjà à l’ère du numérique. Pour l’édition 2018, du 24 février au 4 mars, le p ô l e « Agri 4.0″1 s ‘ e s t ainsi agrandi, passant de 95 à 500 m2, et a accueilli 20 s t a r t – u p (contre 12 en 2016) au sein de l’espace La Ferme digitale2, ainsi que des acteurs incontournables du secteur. La digitalisation semble plutôt bien accueillie par les professionnels. Selon un rapport de 2015 de Renaissance numérique3,79 % des agriculteurs u t i l i s e n t I n t e r n e t , soit p l u s que la moyenne française. 70 % d’entre eux sont équipés d’applications professionnelles, avec plus de 400 applications mobiles déjà existantes pour assister les éleveurs. Et 79 % des exploitants connectés reconnaissent l’utilité des nouvelles technologies pour l’agriculture.Cette adhésion massive est à relier avec les nombreux bénéfices attendus4 : gain de temps et amélioration de la productivité du travail, réduction de la pénibilité physique, détection précoce des maladies, ciblage des interventions, etc. Mais elle est aussi nécessaire, selon les concepteurs de l’espace « 4.0 » : « En 2018, être agriculteur, c’est à la fois être chef d’entreprise, banquier, producteur, commercial, manager et technicien. Pour réussir à assurer tous ces métiers en même temps, le numérique est une évolution technologique indispensable. » Lors de la clôture des états généraux de l’alimentation, Stéphane Travert avait ainsi annoncé l’élaboration d’une feuille de route numérique dans les secteurs agricoles et agroalimentaires5. Encensée par l’État, plébiscitée par les agriculteurs, la d i g i t a l i s a t i o n m a r c h e en t e r r a in conquis. La France innove pour l’élevage À l’espace « Agri 4.0 », la digitalisation se positionne de la fourche à la fourchette. Des start-up et des entreprises misent, par exemple, sur la réduction des coûts liés aux intrants. Chez PILOTER SA FERME, l’idée est de sécuriser les prix alimentaires pour améliorer le revenu des éleveurs, le poste de l’alimentation représ e n t a n t un gros volume de charges. « Notre outil permet d’indiquer à l’éleveur quand et combien acheter. » Feed- Market, une plateforme d’e-commerce, permet de visualiser les cours des matières premières protéiques et des huiles b r u t e s en temps réel, pour une meilleure décision en matière de coûts d’achat. D’autres entrepreneurs mettent en relation directe l’éleveur et le consommateur, comme Le Comptoir local, un marché en ligne, ou Miimosa, une plateforme de financement participatif. FeedMarket.fr J – Toute nouvelle plateforme d’e-commerce (création fin janvier 2018) destinée à l’achat de protéines végétales (tourteaux de soja) et d’huiles végétales brutes (colza et tournesol) pour l’alimentation animale.- Répond à la demande croissante des éleveurs d’aide au pilotage des achats de matières premières et de recherche d’économies. – Accessible 5 j/7 et 24 h/24, avec une visualisation en temps réel du cours des matières premières protéiques et des huiles brutes, permettant de piloter et de contractualiser ses achats en fonction de ses objectifs.- Proposera à terme des conseils nutritionnels aux clients. – Plateforme d’e-commerce pour la nutrition, l’hygiène et l’outillage pour l’élevage. – Accès au prix en temps réel. SMS envoyés en fonction de l’évolution des marchés agricoles. – Permet d’obtenir un comparatif pour la partie approvisionnement. Agri nomiea»»JL PILOTER – Outil numérique pour aider à la décision d’achat de nourriture (la bonne quantité au bon moment), en fonction des contraintes de stockage, du profil de l’éleveur, du marché, etc.- Prévoir un abonnement mensuel. – Plateforme de location de matériel. – Gestion des contraintes administratives et logistiques.v o t r e Q ^ h M a c h i n e . c o mApprovisionnement Commercialisation If» – Marché en ligne de produits d’île-de- France livrés à domicile. – Gestion logistique (prise de commande, facturation, livraison). – Accès aux fiches des producteurs. – Une partie du prix (marge fixe) est reversée au site marchand par le producteur.AI La digitalisation, c’est aussi l’élevage de précision, dans lequel le couplage de capteurs (mesure de paramètres comportementaux, de production, etc.) et d’automates (robots de traite, distributeurs automatiques de concentré) avec des technologies de l’information complète les observations de l’éleveur et l ‘ a i d e dans sa prise de décision. Par exemple, en 2014, en France, 3 800 robots de traite étaient dénombrés, contre cinq en 1998. Du côté de l’association La Ferme digitale, la start-up Pampaas présentait ses boîtiers connectés pour surveiller les clôtures et les abreuvoirs des pâtures éloignées des bâtiments principaux de l’exploitation. Les exposants de la Ferme digitale croient aux bienfaits de la digitalisation. Un exposant parle de « mieux uiure » et de « traçabilisation des produits », u n autre de « maîtrise des charges », mais aussi de « création de lien social entre éleveurs ». Le vétérinaire reste un conseiller de l’élevage Et si la révolution digitale était à chercher encore plus loin ? Au pôle « Agri 4.0 », l’entreprise SAP, éditeur de logiciels de gestion, voit en l’agri-business un enjeu ma- jeur pour l’avenir. Nicolas Jouffre, responsable du secteur agri-agro, résume : « L’enjeu de la digitalisation est simple : il faut capter la donnée et la rendre intelligente. L’objectiffinal étant que les données récoltées aboutissent à des recommandations pertinentes, à plus forte valeur ajoutée, afin de faciliter les prises de décision de l’éleueur. » Pour ce faire, l’entreprise développe des technologies pour mesurer plusieurs paramètres d’intérêt, puis collabore avec des experts pour émettre des recommandations. « D’après notre expérience, il y a des situations pour lesquelles on apporte plus de ualeur que le professionnel lui-même, car nous exploitons des données qu’il ne prenait pas forcément en compte. Le système permet donc d’enrichir, mais aussi de confirmer des connaissances, précise le responsable. À terme, l’idée serait de faire appel à un système d’intelligence artificielle prédictif. Peutêtre que le métier de vétérinaire pourrait être impacté, même si je pense qu’on aura toujours besoin de personnes sachantes. » r- Objets connectés : PAMPA ^S VigiFence®, un boîtier J qui s’assure que la clôture est toujours électrifiée; VigiAqua® alerte quand il n’y a plus d’eau dans la citerne ; VigiThermik* suit la température des balles de foin. – Utile pour connecter les pâtures éloignées. r – Plateforme de ‘MIIMOSA financement participatif. En échange d’un soutien financier, les particuliers sont remerciés par des produits, un parrainage d’animaux, etc. – Ajout, depuis janvier 2018, d’un système de prêt participatif.- L’élevage représente plus de 30 % de l’activité. – Propose des capteurs ‘ÏWEENAT géolocalisés pour collecter des Adonnées météorologiques (pluviomètre, tensiomètre de — . sol, hygromètre de l’air, thermomètre du sol et de l’air). – Données locales transmises en temps réel aux agriculteurs, en association avec des outils pour optimiser leur prise de décision (pour les semis, la récolte, etc.), leur emploi du temps et la gestion des cultures. – Prévoir un abonnement annuel et un achat de matériels. – Outil de gestion en ligne PANiERBSgaa spécialisé pour les f fùrienaSre des âeuitC etxKts | 1 • producteurs en circuit court, pour tout type de support. – Gestion de l’ensemble des tâches liées à la commercialisation (achats en ligne auprès des acteurs locaux), aux contraintes administratives et logistiques (mise en place de tournées de livraison, gestion stock/réapprovisionnement, etc.) et à la communication (système d’échange collectif d’informations).- Prévoir un abonnement mensuel. Face à cette nouvelle concurrence virtuelle, quelle serait la place du vétérinaire ? Pour Clément Maruharda, un des vétérinaires du salon, exerçant en clientèle rurale, le praticien pourrait jouer un rôle de conseiller. « Aujourd’hui, en moyenne, seul un éleveur sur trois maîtrise réellement son robot de traite, la formation dispensée au moment de son installation étant réduite. En maîtrisant par exemple cet outil, le vétérinaire pourrait alors conseiller sur les réglages à faire pour optimiser l’analyse des données obtenues. » De plus, pour lui, tous ces nouveaux outils connectés n’apport e r o n t des améliorations aux performances des élevages que si les pratiques s’avèrent correctes à la base. Du côté du stand du Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral (SNVEL), Jérôme Frasson, administrateur du groupement et vétérinaire rural, estime que le praticien devra être proactif pour conserver son activité, mais aussi afin de pouvoir accéder de manière simplifiée aux données d’élevage. « Notre force est d’avoir une vision globale de l’élevage, quand d’autres professionnels n’en ont qu’une vision morcelée. » •CLOTHILDE BARDE ET TANIT HALFON1 La Ferme digitale (association de groupement de start-up), Saipol (FeedMarfeet), SAP, AgriLend. ? Association loi 1901, fondée en février 2016 par cinq start-up ayant pour objectif de promouvoir l’innovation et le numérique pour une agriculture per/ormante et durable.3 Think tank Renaissance numérique : wu)iu.bit.ly/2I4dkhY 4 u»u;iu.bit.!y/2oTZAO!. s uiiouj.bit.ly/2ocVLnM. Outils connectés Gestion de l’entreprise – Système d’information qui permet de centraliser ses données d’élevage. – Remplissage manuel par l’éleveur.- Permet de disposer d’informations à jour, accessibles en temps réel, notamment pour les coopératives d’élevage.


Par |2018-06-15T01:07:08+00:0015 Mar 2018|Presse|

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